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jeudi 12 mars 2009

Extraterrestre au pays de la performance

Il y a trois ans, lorsque je suis allée consulter une intervenante d'OMPAC (Organisation multiressources pour personnes atteintes de cancer, voir www.ompac.org) pour la première fois, je n'avais pas encore réalisé le fossé qui s'était creusé entre moi et mon monde "normal". À ce moment-là, je m'apprêtais à retourner au travail après plusieurs mois de convalescence. Je regagnais les rangs de l'entreprise qui m'employait, bien que j'avais perdu mon poste d'adjointe exécutive pendant ma période d'invalidité (une longue histoire sur laquelle je ne reviendrai pas ici).

Planète Cancer

J'avais senti le besoin d'aller consulter quelqu'un qui évoluait dans ce monde parallèle associé à la lutte pour la vie, car je craignais le "choc des cultures" qui m'attendait. Je sentais que j'aurais à faire face à une nouvelle réalité, conséquence de mon état de santé.

Je me rappelle bien, lors de cette rencontre, l'intervenante m'avait clairement mise en garde : "Votre réalité vient de changer complètement et vous allez le ressentir lorsque vous allez retourner dans le monde de la performance. Vous ne parlerez plus le même langage. Ici, c'est la planète Cancer et nous parlons ce langage. C'est ici que vous trouverez le support dont vous avez besoin."

Cette révélation m'avait attristée beaucoup, car je n'étais plus "Josée, l'adjointe du président de secteur"... j'étais maintenant "Josée, la fille touchée par le cancer". Ma valeur professionnelle venait de chuter de façon drastique, comme les derniers piqués vertigineux de la bourse. Les yeux qui se posent sur vous à ce moment-là ont changé de couleur.

Parmi les "héroïnes" du jour

Hier, je me suis vraiment sentie comme une extraterrestre parmi les "héroïnes" du jour. J'avais eu une invitation pour participer au dîner annuel de la Journée de la Femme tenu par le Réseau des femmes d'affaires du Québec - région Laval. J'ai longtemps été membre de ce regroupement d'entrepreneures et de professionnelles et je m'y suis impliquée beaucoup. Du fait, j'ai su y développer un bon réseau de contacts et créer des liens d'amitié qui résistent au passage du temps.

Ainsi, j'aime beaucoup me replonger dans cet univers de femmes qui ont la "drive" et le courage de réaliser leurs projets d'affaires en menant une carrière pleine de défis. C'est extrêmement stimulant pour moi. Cette énergie me manque beaucoup, car bien évidemment je ne fréquente plus ce milieu depuis mon retrait de la vie professionnelle.

Hier, j'étais très heureuse de retrouver les femmes que je connais pour reprendre contact. Mais avant de partir, j'ai dû faire le point sur ce que j'allais "promouvoir", car le but premier de ces rassemblements, c'est le réseautage : rencontrer de nouvelles personnes et les intéresser à ce qu'on a à offrir.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?

Je devais donc me préparer à répondre à cette question : Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? -- car c'est la première chose qu'on veut savoir après notre nom. Ça fait maintenant plus de trois ans et demi que je jongle avec cette question et je n'ai toujours pas trouvé la façon juste d'y répondre, car je sais d'avance que je m'expose à un jugement de valeur qui est propre à la personne qui pose la question. J'ai parfois l'impression d'être assise sur une chaise électrique... si la réponse ne plaît pas : "Bizzzzzz" éliminée !

J'exagère un peu, bien sûr, mais à peine. Certaines personnes sont si mal à l'aise avec cette sombre réalité qu'est le cancer, qu'ils oublient de voir la personne pour ce qu'elle est. Enfin, on s'en fout... bon, presque !

Ce que je voulais dire au sujet de ma sortie d'hier, c'est qu'en brassant dans ma tête les différentes options qui s'offraient à moi dans une présentation juste et vague, j'ai choisi le titre de "blogueuse". En effet, ma meilleure option était de promouvoir mon blogue en restant un peu vague sur les propos que j'y traite. Ainsi, ceux qui auraient la curiosité de venir y faire un tour en saurait plus long sur moi et ma véritable valeur, non celle associée au monde des "sprinters" professionnels (tous ceux qui courent après leur temps pour tout faire ce que leur boss exige d'eux en échange d'un chèque de paie).

"Blogueuse, c'est bien beau, mais c'est pas payant ça !?!" Bon, voilà que les choses se compliquent. Il faut maintenant que j'entre dans la question des revenus... d'où viennent-ils ? Ça c'est très important. Voici les différentes possibilités dont je dispose :


  • 1. Je vends de la dope : très peu crédible avec ma Toyota Corolla qui date déjà de 10 ans.

  • 2. Je suis semi-retraitée : je n'ai que 46 ans...

  • 3. Je suis en sabbatique : formule que j'ai utilisée hier, ce à quoi je me suis fait répondre : "Chanceuse !"

  • 4. J'ai gagné à la loterie : je n'y avais pas pensé à celle-là... ça pourrait sans doute être amusant de l'essayer

  • 5. J'ai marié un gars riche : possible, mais très peu probable de nos jours, car les gars qui sont encore riches après leur premier mariage ne veulent plus se marier.

  • 6. Je suis en arrêt de travail : "Ah oui, qu'est-ce qui t'est arrivé ?"

  • 7. Je suis travailleuse autonome : "Tu fais quoi ? As-tu une carte d'affaires ?"
  • 8. Je suis en transition : c'est une autre formule que j'ai tentée hier, mais ça laisse le monde à plat, car on ne veut pas vraiment préciser de quel genre de transition il s'agit.

  • 9. Je suis invalide : celle-là est totalement suicidaire. Ne l'essayez même pas.

  • 10. Ce n'est pas de tes affaires... Même si c'est la réponse la plus près de la vérité, elle est difficile à servir dans un milieu où on est là pour apprendre à se connaître.
Qu'en pensez-vous ?

J'aimerais vous entendre sur la question. Comment croyez-vous que je devrais réagir lorsque la question est abordée avec des inconnus ? Je vous rappelle que j'ai l'air d'une fille tout à fait normale, c'est-à-dire que rien dans mon apparence physique ne laisse paraître ma condition particulière ni même mes séances de traitement de chimiothérapie présentement en cours.

Voyez par vous-même. J'attends vos commentaires.


jeudi 8 janvier 2009

Le taxi d'Alexis

Je m'apprêtais à écrire un texte sur la bonté suite à un article paru dans La Presse du 21 décembre dernier quand on m'a raconté une récente anecdote illustrant, en partie, mon propos.

Ça se passait dans la nuit du 2 janvier après le réveillon du Nouvel an qu'Alexis avait passé chez un copain. Ce jeune homme de 15 ans, lorsqu'il fut prêt à rentrer chez lui un peu passé minuit, se trouva démuni côté transport, car il n'avait pas pris les arrangements nécessaires avec l'un de ses parents. Il tenta de communiquer avec eux sans succès.

Il décida donc de rester chez son ami pour continuer à s'amuser. Les heures passaient et peu à peu les invités prenaient le chemin du retour. Plusieurs se dirigeaient vers l'autoroute, environ à mi-chemin d'où habitait Alexis, mais personne ne semblait disposé à faire un petit détour de quelques kilomètres pour aller le reconduire à la maison à cette heure tardive de la nuit. Égoïsme, inconscience ou malentendu ? Difficile à dire.

Finalement, un peu avant 4h du matin, Alexis décida d'appeler un taxi pour faire le trajet de quelques kilomètres. En montant dans la voiture, il avise le chauffeur qu'il n'a que 8$ dans ses poches et lui donne sa destination. Le chauffeur, lorsque le compteur indiqua 8$, s'immobilisa pour laisser descendre Alexis. Il se trouvait alors à environ 1,5 km de chez lui sur une route de campagne par un froid glacial de moins 20 degrés Celsius. Et en plus, mal habillé pour se protéger contre le froid, comme le sont habituellement les jeunes.

Le reste du chemin, il a dû se résigner à le faire à pied. Pourtant le taxi duquel il venait de descendre a poursuivi sa route dans la même direction que lui. Qu'est-ce que ç'aurait été pour le chauffeur de faire un petit extra pour permettre à Alexis de rentrer en sécurité sans se geler les extrémités ? Difficile de ne pas juger un tel comportement.

Peut-être que si Alexis avait su demander la sollicitude du chauffeur, il aurait obtenu une faveur. C'est sans doute l'orgueil qui l'en a empêché car normalement, ces ados ne se privent pas de quémander des faveurs de toutes sortes à leurs parents.

Cet épisode m'a beau choquée car il démontre le visage de l'ingratitude, de l'esprit business et de l'égocentrisme de notre société nombriliste qui a peu d'égard pour les autres. Les temps durs qu'on annonce sans cesse aux bulletins de nouvelles changeront possiblement les réactions des gens pour plus de bonté et de générosité. Je l'espère, car c'est la seule façon de se doter d'un monde meilleur... ne pas attendre que ça vienne des autres.

La gentillesse : semence de bonheur

L'article cité plus haut résulte d'une entrevue menée auprès d'un auteur à succès, le médecin suédois Stefan Einhorn, qui a écrit L'art d'être bon, traduit en 15 langues. Voici quelques extraits de cette entrevue :

"Il existe un moyen de réduire le stress, toucher au bonheur et accéder à la réussite. Une méthode qui, de surcroît, ne coûte rien. Quel est ce remède qui nous échappe ? La gentillesse."

"Être gentil, c'est bon pour le moral. Tenir une porte, saluer quelqu'un et vraiment l'écouter, aider quelqu'un à porter des paquets, toutes ces bonnes actions agissent comme une drogue, sans les effets secondaires."

"Au fil de ses recherches et en jetant un oeil à des études sur l'altruisme, il a constaté qu'un simple petit geste entraînait une suite de bonnes actions pouvant avoir des conséquences beaucoup plus grandes."

La bonté : véritable vitamine

Pour sa part, l'auteur de Cessez d'être gentil, soyez vrai !, le psychanalyste belge Thomas D'Ansembourg affirme : "La gentillesse, c'est de la vitamine ! C'est la vitamine des relations humaines ! (...) Le premier bénéfice que l'on retire de ces petits gestes, c'est un profond sentiment de bien-être, explique-t-il. On se sent moins tendu, moins crispé. Puis, les gens nous remarquent et ils font davantage attention à nous à leur tour. On profite de la gentillesse sur le coup et aussi à long terme."

Il ajoute enfin : "Tous les petits mots du genre merci ou bravo pour votre travail me font un grand plaisir. Quand ça m'arrive, c'est toujours comme une belle surprise. Ceux qui le font ne savent pas le bien qu'ils font."

Simple, mais pas sans effort

L'auteur et médecin Stefan Einhorn admet cependant que le concept de la gentillesse est plutôt simple, mais dans la vie courante, son application l'est moins. Surtout quand on a appris que pour faire sa place, il faut jouer du coude. Il précise qu'être bon impliquerait un bonne dose de courage, particulièrement s'il s'agit de rendre service à quelqu'un en lui disant qu'il a un grain de persil entre les dents ou, pire encore, qu'il a mauvaise haleine...

Il conclut que sans tomber dans la flatterie ou, au contraire, dans la bonasserie, on peut très bien être bon pour éprouver soi-même de bons sentiments. C'est l'acte qui compte.

Le bénévolat : bon pour la santé

Selon un rapport de la Gerontological Society of America cité par l'Agence de santé publique du Canada, le bénévolat serait non seulement bon pour le moral des aînés, mais aussi, pour la majorité des cas, excellent pour leur santé. Une étude menée en 2005 par l'organisme américain précise que ces bienfaits pourraient comprendre une diminution de l'incidence des maladies du coeur, du diabète et des maladies cardiovasculaires, de même que l'amélioration de la santé mentale.

Conclusion

Bref, si un abonnement chez Énergie Cardio vous rebute comme moyen d'améliorer votre état de santé, vous pouvez toujours essayer d'être bon... ça ne coûte rien et c'est accessible partout et en tout temps. Mais ça ne remplace pas l'activité physique. Alors, une marche de santé en plein air, sur une base régulière, saurait combler une autre part de notre entraînement.

mercredi 24 décembre 2008

Histoires de 24 décembre

Ce texte a été écrit il y a exactement 11 ans, le matin du 24 décembre 1997 alors que je me préparais à quitter la chambre que j'avais occupée pendant plus de 18 mois en ville, question de me rapprocher de mon travail.

Lettre à l'Univers

Le 24 décembre, plusieurs diront que c'est la veille de Noël, la dernière journée pour se faire mourir dans les magasins, la course folle contre la montre du Père Noël. Le 24 décembre, pour moi, c'est le retour au bercail, le jour où tout reprend son cours normal pour un certain temps. Le 24 décembre, c'est en quelque sorte la fin d'un épisode de vie passé ailleurs, loin des miens à bosser.

Cette année, par contre, j'ai choisi de terminer cet épisode lentement, en prenant le temps de goûter au changement qu'il implique, pas comme il y a cinq ans...

Le 24 décembre 1992

À Québec, le matin il fait moins 20 degrés Celsius à l'extérieur et moins 50 dans mon coeur. Vite, je dois retourner près des miens où il fait plus chaud. L'épisode qui se termine m'a tout dérobé : mon énergie, ma joie de vivre, ma dignité. Ce qu'il me reste : quelques pénates, ou plutôt beaucoup de pénates que je dois embarquer seule dans ma petite Honda au grand froid. Fiou ! Il reste une place pour m'asseoir derrière le volant !

Un peu avant midi, je quitte cette ville qui n'a pas su m'accueillir et je laisse derrière cette vieille folle qui m'a hébergée, ces bourreaux... de travail qui m'ont ruinée, ces autres qui m'ont humiliée, et quelques amies qui m'ont supportée. Je prends la route avec tous ces souvenirs très présents et la boule dans la gorge. Sur la 20, le vent amplifie le froid et je n'arrive pas à me réchauffer. Un peu avant Drummondville, mon lave-glace reste coincé dans les petits tuyaux. La vue déjà brouillée par le chagrin, voilà que ma visibilité est encore réduite par le pare-brise. C'en est trop.

J'emprunte la sortie de Drummondville pour aller chercher du secours chez mon frère qui vit tout près. Heureusement ! Je frappe à la porte. Ma belle-soeur portant son premier enfant m'ouvre, surprise, en me demandant comment ça va. Avec grand effort, je lui réponds : «Ça va bien, et toi ?», presque en criant. Elle me répond: «Oh, ça n'a pas l'air d'aller toi !» Et c'est là que les flots se sont mis à couler en expliquant que mon lave-glace avait gelé...

N'ayant rien compris à mon histoire, Pierre et Linda me questionnent : «As-tu eu un accident ? Es-tu blessée ?» À travers les sanglots, je leur réponds : «Non, mon lave-glace est gelé, et je ne vois plus rien, et il fait moins 20oC, et je veux m'en aller chez nous, et c'est la veille de Noël, et mon auto est pleine de pénates...»

Calmement, ils m'invitent à m'asseoir et m'offrent un café pour laisser passer la tempête. Et puis, un peu plus tard, Pierre me montre une bouteille d'alcool, de la vodka je crois, en me disant : «Je vais y mettre un peu de ça.» Je conteste en invoquant le danger de l'alcool au volant. Et, de la vodka dans le café, c'est pas diable. «Non, pas dans le café, qu'il me dit, dans ton lave-glace, pour empêcher qu'il gèle!» Pas pire, ma tête aussi est brouillée ! L'opération de déglaçage s'amorce bouteille de vodka d'une main et séchoir à cheveux de l'autre. Dans la famille, on a toujours été pas mal débrouillards. Pas le choix un 24 décembre entre Québec et Montréal.

En fin d'après-midi, j'arrive enfin à destination, dans mon chez-nous, ou ce qu'il en reste, pour retrouver mon épave de la société. «Tiens, il est encore là lui ?» Ça c'est un autre cas à régler. Mais pas aujourd'hui, je suis trop fatiguée...

le 24 décembre 1997

Ce matin encore, je fais mes boîtes. Je retourne à la maison en campagne retrouver celui qui partage ma vie et mon chat que j'ai quittés il y a un an et demie pour travailler en ville. J'avais alors choisi d'habiter un appartement tout près de mon travail plutôt que de m'énerver dans la circulation soir et matin. En même temps, j'avais choisi de prendre un peu de recul face à ma relation de couple pour faire le point sur ma vie. Le ciel s'est montré bon et généreux pendant cet épisode. Il m'a offert un travail intéressant et bien payé et, en prime, un coloc extraordinaire qui est devenu comme un frère.

Maintenant que j'ai trouvé un emploi plus près de chez moi, en campagne, ma vie reprend une allure normale. Je pourrai rentrer souper à la maison tous les soirs. Mais avant, je dois quitter cette chambre qui m'a souvent inspirée et qui m'a permis de cheminer en paix.

Aujourd'hui, 24 décembre 2008

Ce matin, je fais mon possible... Je me préparais à me rendre au CLSC pour terminer le traitement de lundi quand j'ai entendu la charrue passer... ENCORE !!! Dimanche soir, j'avais pris le soin de tout nettoyer ma voiture cachée sous 30 centimètres de neige folle en sachant qu'après le traitement, il serait plus difficile pour moi de la dégager. Mais la nuit dernière, il est tombé encore 15 centimètres et tout était à recommencer.

J'ai pris mon courage à deux mains et ma pelle de l'autre pour me libérer de mon banc de neige. Il était 8h. Vers 8h30, je réussis à sortir de mon trou pour me rendre difficilement à mon rendez-vous car les rues sont encore embourbées de neige. Arrivée au CLSC, un petit superviseur de stationnement s'assure que je n'occupe pas une place réservée dans la partie du terrain encore vide. Compte tenu des circonstances de mon début de journée, je n'ai pas pris la peine de chercher plus loin. Je m'argumente un moment avec lui en expliquant que je n'en ai que pour quelques minutes, mais il ne veut rien entendre.

Dans ce temps-là, j'ai envie de sortir mon histoire pour susciter un peu de compassion, mais ce n'est pas toujours à propos. Ceci dit, si on connaissait les réalités des inconnus qu'on rencontre dans la rue, peut-être qu'on serait capable de plus de douceur et de compassion. Ce matin, moi, j'en avais bien besoin.

Maintenant, je compte passer le reste de la journée à refaire mes énergies et j'espère trouver le courage d'aller prendre l'air avant que la pluie verglaçante ne nous tombe dessus... Quelle journée !

lundi 28 juillet 2008

Cocktail d'un mois de juillet pluvieux !

Comme je n'arrive pas à me décider sur le thème de ma prochaine chronique, j'ai choisi d'y aller avec un petit cocktail improvisé.

Au royaume de la poterie

Vous connaissez l'événement "1001 pots" ? Ce rendez-vous annuel des potiers de la province, qui a lieu à Val-David dans les Laurentides de la mi-juillet à la mi-août, célèbre cette année ses noces de porcelaine, soit 20 ans d'existence. Depuis la première fois où j'y ai mis les pieds, il y a 6-7 ans déjà, je me suis toujours réservé une journée pour y faire mon tour, car c'est une activité qui sort vraiment de l'ordinaire. De plus, c'est l'occasion que je me donne pour ME faire un cadeau.

Dans une grande cour intérieure, à l'extérieur, des milliers de poteries de tous genres (bien plus que 1001) : tasses, assiettes, bols, théières, etc., sont étalées librement ça et là pour être admirées et, bien sûr, achetées par des amoureux de beaux objets. Ce sont de véritables oeuvres d'art ; des pièces souvent uniques et très certainement originales. Allez faire une petite visite virtuelle sur http://www.1001pots.com/; vous aurez envie de faire le détour pour vous imprégner de l'ambiance de fête qui y règne en toute simplicité. Tant qu'à y être, prenez-y un thé... ils en servent du bon dans la poterie de votre choix.

En communion avec la vie de quartier

Souvent, je vais faire un tour dans les parcs qui longent la rivière des Prairies, à deux pas de chez moi. J'y vais à pied ou en vélo, car la piste cyclable les traverse d'un bout à l'autre. Quand je me retrouve dans cette nature, je me sens faire partie de la vie qui y règne et je prends conscience de la beauté des lieux, je hume les parfums qui se dégagent des végétaux qui animent le décor, je ferme les yeux pour mieux sentir la chaleur du soleil sur ma peau et pour laisser entrer tout l'air frais amené par le vent du large. C'est ainsi que je me sens revivre. Tout ceci contribue directement, j'en suis absolument convaincue, à ma guérison.

Cependant, la communion ne serait pas complète si je n'arrivais pas à entrer en relation avec les gens que je croise sur mon chemin. En demeurant ouverte à un échange amical, j'initie déjà un contact. Je ne sais jamais comment ça va se passer ni avec qui ; c'est là une surprise que la vie me réserve. Voici quelques contacts agréables que j'ai eus récemment et qui ont fait en sorte d'enrichir ma randonnée en plein air.

  1. J'aperçois soudain un homme sur une planche à roulettes qui se fait tirer par son gros chien qui court à vive allure. Une pensée me traverse l'esprit : "Ce gars-là a probablement dit à sa blonde qu'il allait faire son exercice... c'est un tricheur !" Aussitôt pensé, aussitôt dit : j'interpelle l'homme en lui disant : "Monsieur, je crois que vous trichez." L'homme me regarde d'abord un peu surpris, puis il se met à rire (bien sûr, j'affichais un grand sourire sur mon visage). Du tac au tac, il me répond : "Il faut bien qu'elle gagne sa bouffe." (Il parlait de son chien, évidemment.)

  2. Dimanche dernier, mon amoureux et moi prenions une marche dans le parc. Deux gars dans la trentaine sont assis sur l'herbe à observer des mouettes sur l'eau. L'un d'eux s'écrie d'une voix grave de rocker : "Hey, la mouette..." Sur l'instant, je le regarde en répondant d'une petite voix aiguë : "Ouiiiiiiiiiiii". Surpris, les deux gars me regardent et éclatent de rire. Ils ne s'attendaient vraiment pas à avoir une réponse !

  3. Une dame est en train de peindre l'extérieur de sa maison. Je lui lance tout bonnement : "Gros contrat." Elle me regarde en souriant : "Oui, mais je l'aime ma maison." Et je lui réponds : "Vous allez l'aimer encore plus après."

Ces petites anecdotes démontrent combien il est simple d'entrer en contact avec son voisinage quand on choisit véritablement d'en faire partie. Ces rencontres expresses me réconfortent beaucoup; elles me font sentir moins seule.

Solitude chez les bien-nantis

Dans un tout autre ordre d'idée, je vous raconte une histoire pathétique au possible qui touche la réalité de "ceux qui n'ont pas besoin des autres".

La semaine dernière, je me suis retrouvée sur la magnifique terrasse extérieure d'une amie qui a la chance de vivre dans un environnement enchanteur au bord de la rivière des Mille-Iles, sur la rive nord de Montréal. Ça faisait un bon bout de temps qu'on ne s'était pas rencontrées; nous avions donc pas mal de choses à nous dire. Elle me raconte comment elle s'est fracturé un pied (à deux endroits) l'hiver dernier en allant travailler. C'était tôt le matin, à l'heure où les travailleurs se rendent au boulot, il y avait eu une tempête de neige la veille, mais les rues étaient quand même bien dégagées. Arrivée à une intersection où elle a dû s'arrêter, mon amie décide de prendre la chance de descendre pour brasser les essuie-glace qui ne faisaient pas bien leur travail. En mettant le pied sur la chaussée, la glissade l'a entraînée dans une très mauvaise chute la laissant gisant par terre avec un pied cassé.

Paniquée, elle interpelle la personne devant elle en lui demandant de ne pas partir, qu'elle aurait besoin d'aide. En la voyant descendre de sa voiture le cellulaire à la main, elle y pense tout à coup : "J'en ai un aussi, je pourrai me débrouiller." Elle laisse donc partir la femme. Aussitôt, elle téléphone à son bureau, parle à son adjointe en lui présentant sa fâcheuse position et son besoin urgent : que deux de ses collègues viennent à sa rescousse; un pour la conduire à l'hôpital et l'autre pour prendre charge de son auto. Et c'est là que les poils me sont dressés sur les bras...

La réponse qu'elle a obtenu de son patron, c'est : "Malheureusement, on est en manque de personnel (à une semaine de Noël), on ne peut donc pas libérer deux personnes pour aller à sa rescousse. Qu'elle appelle une ambulance et un remorqueur."

Bien que je n'aime pas porter de jugement sur les gens, je ne puis m'empêcher de réagir à ce genre de comportement. N'a-t-il pas un coeur, cet homme pour qui on se défonce afin qu'il puisse atteindre ses objectifs d'affaires ? LE COEUR..... il ne se souvient sans doute plus où il se trouve dans le corps, et encore moins dans l'esprit. C'est qu'il évolue dans un monde où l'argent est roi (le monde de la finance). Avec cette précieuse ressource dont il dispose personnellement en quantité, il peut se payer tous les services requis par son rythme de vie ; ainsi, il n'est pas obligé de "s'humilier" à demander l'aide de qui que ce soit. Par le fait même, il demeure "INDÉPENDANT"; il ne doit rien à personne. Tant mieux pour lui ! Je l'imagine le soir de Noël assis tout seul devant son sapin rempli de cadeaux que personne ne s'est donné la peine de venir chercher.......

Quelques mots de sagesse

Je m'en voudrais de vous laisser sur cette triste histoire sans laisser place à la sagesse. Voici quelques courtes pensées à méditer :

"Le courage, le vrai, ça n'est pas d'attendre avec calme l'événement; c'est de courir au devant, pour le connaître le plus tôt possible et l'accepter." Roger Martin du Gard

"Ce sont tous nos univers individuels qui tissent le canevas des sociétés et de l'humanité tout entière. C'est chacun d'entre nous qui donne de la couleur à cette grande toile." Hervé Desbois

"Chaque victoire sur vous-même est une victoire pour l'humanité." Hervé Desbois


mercredi 30 avril 2008

Rééduquons la société un coeur à la fois...

Je lisais dans La Presse de samedi dernier les lettres de deux lectrices relatant leur expérience désolante de femmes enceintes dans les transports en commun à Montréal. Elles cherchaient à nous faire prendre conscience combien notre société est devenue individualiste et aveugle aux besoins des autres. L'une d'elles présentaient les différents types de comportements qu'on rencontre dans un wagon de métro à la vue d'une femme enceinte.

Il y a le bon Samaritain qui se lève spontanément pour céder son siège, plus souvent une femme qui a elle-même eu des enfants, donc qui est en mesure de bien comprendre le besoin de celle qui porte un ventre arrondi par la maternité. Puis, il y a l'individualiste ou l'ignorant qui semble ne faire aucun lien entre le siège qu'il occupe et le besoin de la future maman. Il y a aussi l'insouciant qui se coupe complètement de son environnement sans se soucier le moindre du monde des autres qui voyagent dans le même wagon. Enfin, il y a l'hypocrite, le pire, selon l'auteure de la lettre. Bien qu'il ait vu la femme enceinte debout, il cherche à fuir son regard, soit en somnolant, en regardant par la fenêtre ou en se plongeant dans son journal.

La deuxième lectrice décrit son expérience comme traumatisante et affirme être arrivée chez elle en larmes ce jour-là après avoir vécu un trajet debout tandis qu'elle, enceinte de huit mois et épuisée, était entourée de femmes qui semblaient bien portantes et ASSISES.

Ces deux témoignages réflètent une réalité malheureuse et presque pathétique. Il est vrai que nous vivons dans une société nombriliste qui a perdu son sens du savoir-vivre. Mais je crois que les comportements individualistes manifestés dans ces tristes expériences sont souvent amplifiés par l'effet de la masse. C'est-à-dire que plus on est nombreux, plus chacun reste centré sur lui-même en se disant possiblement que quelqu'un d'autre "répondra à l'appel" d'un besoin apparent mais non exprimé. Ainsi la personne qui attend que le sens du civisme et la courtoisie fassent leur oeuvre chez un compatriote compatissant risque d'attendre en vain et rester debout, sortant ainsi de l'expérience frustrée, attristée, et même découragée.

Ce phénomène de nombrils appartient, à mon avis, à un mécanisme de protection ou de survie inconscient. Inconscient, il faut bien le préciser, et non volontaire. Remarquez ce qui se produit lorsque vous regardez les gens dans les yeux... J'ai adopté cette nouvelle technique il y a quelques années cherchant à humaniser mon monde. Ainsi, partout où je croise des inconnus : à l'épicerie, sur la rue, dans le métro, plutôt que de regarder par terre pour essayer de me forcer un chemin de passage, je m'arrête devant la personne qui constitue l'obstacle et je la regarde dans les yeux avec un léger sourire aux lèvres. L'effet est instantané. Dès qu'elle lève les yeux pour me regarder, elle comprend mon besoin et se tasse pour libérer le passage, et souvent, elle le fait en s'excusant et en souriant. Si la personne ne me voit pas, trop absorbée dans son journal ou dans son magasinage, j'adopte la même attitude en ajoutant un simple mot : "Excusez-moi..." Encore une fois, l'effet est immédiat.

Le secret : la considération. J'ai considéré la personne en ne la brusquant pas, en ne l'agressant pas, en l'abordant gentiment... C'est ça la magie !

Si l'on veut une société plus humaine, cessons de jouer les victimes offensées et mettons la main à la pâte dans le processus de réhumanisation de cette belle société dans laquelle nous nageons. Car dans notre univers urbain "sans coeur", il y a un coeur dans chaque individu, mais il faut le solliciter gentiment. Je suis certaine, et j'insiste, certaine, que si une femme enceinte, une personne âgée ou même un jeune en béquilles exprimait gentiment son besoin de s'asseoir en demandant à une personne qui semble en forme de lui céder sa place, au moins deux autres passagers lui offriraient la leur. Et, ainsi conscientisés, la prochaine fois que ces trois-quatre témoins verront une personne "à mobilité réduite", comme on les appelle, elles y penseront et l'une d'elles se lèvera pour offrir son siège... Et dans deux ans, cinq ans, dix ans, notre société aura regagné de l'humanité. Mais il nous appartient d'y voir maintenant.

Les gens ont un coeur, ils sont seulement déconnectés de la collectivité. Il faut les y ramener une personne à la fois et avec le sourire...

mercredi 26 mars 2008

Le monde selon Ève

Les dernières heures de mars feront bientôt place aux beaux jours d'avril (un peu d'optimisme, ça fait beaucoup de bien !), et je tiens à faire un petit retour sur la place des femmes dans nos sociétés.

Plusieurs se demandent encore pourquoi on souligne encore la Journée de la femme le 8 mars, car pour eux, la situation des femmes aurait suffisamment évolué pour considérer qu'il n'est plus nécessaire de continuer leurs revendications d'égalité et d'équité. Eh bien, tant qu'on verra des écarts discriminatoires dans le traitement réservé aux femmes - pensons simplement à la notion d'équité salariale - il sera encore utile de souligner la valeur et la contribution des femmes aujourd'hui.

Le plus intéressant, ce sont les faits et idéaux qui sont ressortis dans un article intitulé "What the World Needs Now..." (Ce que le monde a besoin maintenant) paru dans le magazine "O" (Oprah Winfrey) du mois de mars 2008. L'auteure, Dee Dee Myers, qui fut la première femme occupant le poste de Press secretary à la Maison blanche en 1993, présente son point de vue sur le rôle des femmes dans l'avènement d'un monde meilleur. Elle s'est basée sur son expérience de travail auprès du président américain, Bill Clinton, pour la rédaction de son ouvrage à paraître en 2008 sur le sujet intitulé : "Why Women Should Rule the World" (ed. HarperCollins Publishers).

La leçon rwandaise

D'abord, elle parle du génocide survenu au Rwanda il y a une dizaine d'années. Elle dit que le "rétablissement" du pays et le pouvoir grandissant des Rwandaises sont très étroitement liés; les violences ont créé une nouvelle structure sociale, aussi nécessaire qu'indispensable, permettant d'espérer une réconciliation et un avenir en paix. Tandis que le pays se retrouvait avec une population démesurément féminine après ce terrible épisode de guerre, les femmes ont fait ce qu'il fallait faire : elles ont enterré les morts, guéri les blessés, et commencé à rebâtir la société commençant avec les centaines de milliers d'enfants devenus orphelins par les bains de sang. Aloisea Inyumba, une gouverneure rwandaise, a réussi à convaincre des familles d'adopter ces orphelins, peu importe leur origine tribale. "C'était comme demander à des Juifs de prendre soin d'enfants allemands après l'Holocauste."

Puis, le travail s'est poursuivi au chapitre des statuts et règlements du pays afin de donner aux femmes des droits de propriété et plus de contrôle sur leur propre situation financière et celle de leur famille. Puis, en 2003, les femmes se sont réunies pour restructurer la constitution du pays, ce qui leur a donné plus de droits et une place beaucoup plus importante au sein du gouvernement. Même si le Rwanda demeure un pays profondément patriarcal, la présence des femmes au sein des instances décisionnelles fait une différence.

Des atouts et des études

On mentionne dans cet article que les femmes semblent plus intéressées au consensus, moins consumée par les jeux politiques (souvent menés davantage par l'ego) et plus ouvertes à écouter le point de vue des autres. Ainsi, l'auteure croit qu'un nombre plus important de femmes à la tête des pays du globe ferait en sorte que ça irait mieux. Tout ne serait pas parfait, mais ça irait mieux.


On dit également que dans une récente étude du magazine américain Fortune, 500 compagnies ayant la plus forte représentation féminine au sein de leur conseil d'administration performaient significativement mieux financièrement : dont un retour sur l'investissement supérieur de 53 %, un retour sur les ventes supérieur de 42 % et un retour sur le capital investi de 66 %. Ces données se maintenaient sur l'ensemble des marchés, allant des biens de consommation aux technologies de l'information.

Sur le plan idéologique, les études confirment que les femmes en politique sont plus enclines que leurs confrères masculins à initier et à défendre des projets de loi qui valorisent la justice sociale et la protection de l'environnement, défendent la place des femmes et des familles et qui encouragent la résolution de conflit de façon pacifique. Et à l'échelle du globe, des études démontrent que les femmes qui gèrent le budget familial dépenseront généralement plus pour la santé, la nutrition et l'éducation (moins sur l'alcool et les cigarettes).

Et de l'intuition féminine

Jadis, on accordait autant de sérieux à l'intuition féminine qu'aux OVNI. Mais les chercheurs qui se sont penchés sur la question découvrent aujourd'hui que le phénomène aurait des racines physiologiques, que certains "feelings" sont basés sur l'habileté des femmes à traiter rapidement une variété d'indices aussi subtils qu'importants, et non sur des émotions irrationnelles. C'est pourquoi nous faisons confiance à notre "petite voix intérieure".

Un monde différent

Considérant que les femmes ont une façon bien à elles de mener leur vie, et ce, selon des priorités différentes que celles des hommes, celles qui prennent charge apportent à la vie publique une gamme différente d'expériences, d'habiletés, de talents et de forces. Ainsi, il est facile d'imaginer toutes les choses et les événements qui auraient été différents si une proportion plus grande de femmes avaient été impliquées dans les processus décisionnels, non seulement au cours des récentes années, mais durant l'histoire de l'humanité.

Pour toutes ces raisons, je suis en faveur de l'élection d'Hillary. Et vous ?

mercredi 19 mars 2008

"Ça va mal dans le monde..."

Cette phrase vous dit quelque chose ? J'entends encore notre Yvon Deschamps national débuter un monologue des années 70 (je crois) avec cette affirmation lancée sur un ton des plus solennels. Eh bien, les temps n'ont pas beaucoup changé depuis. On n'a qu'à écouter le bulletin de nouvelles télévisées ou à feuilleter le journal pour s'en rendre compte.

Malgré ces temps difficiles, l'espoir est plus que jamais présent, à voir toutes les initiatives prises un peu partout autour de nous et dans le monde, que ce soit par le petit geste apparemment banal d'une personne envers une autre, par l'activité bénéfice menée par un organisme communautaire ou encore par un événement de plus grande envergure pour éveiller des consciences et provoquer un changement majeur à l'échelle de la planète. C'est de ce dernier point dont je vous souhaite vous entretenir (sans pour autant minimiser l'importance des deux premiers exemples de solidarité).

En effet, depuis le début du mois de mars, l'animatrice américaine "popularissime", Oprah Winfrey (qui est pour moi une grande source d'inspiration et pour qui je voue une admiration sans bornes), s'est lancée dans une aventure virtuelle dont elle se fait pionnière en compagnie de son illustre invité : Eckhart Tolle, auteur d'un ouvrage majeur dans l'optique d'une vie infiniment meilleure, soit Le Pouvoir du moment présent.

Cette aventure, c'est un "webinar" (nouveau mot pour définir un séminaire via internet). Et comme les limites de l'internet sont sans cesse repoussées par l'accès grandissant et la sophistication des technologies de l'information, il est aujourd'hui possible de rejoindre pratiquement tous les coins de la planète. Ainsi, avant que cette série de 10 cours ne débute, déjà près d'un million de personnes s'y étaient inscrites et étaient prêtes à participer à l'un des événements marquants de notre époque. Après deux semaines seulement de diffusion, le nombre de participants avait doublé pour atteindre plus de 2 000 000 de personnes éparpillées sur toute la surface du globe,

Déjà, en soi, le fait que techniquement parlant un nombre aussi imposant de personnes soient branchées en temps réel à une même adresse est assez révolutionnaire. Mais considérant qu'il s'agit d'un séminaire sur les possibilités qui s'offrent à chacun de nous individuellement pour changer le monde, ET qu'autant de personnes s'y soient engagées simplement en s'ouvrant à cette idée, eh bien, ça, c'est complètement ahurissant. Ne croyez-vous pas qu'il s'agit là d'un horizon d'ESPOIR infini ? Moi, oui ! Et c'est avec beaucoup d'enthousiasme que je propage la nouvelle.

Le tout a commencé quand Oprah, qui tient un Club de lecture depuis longtemps, a pris connaissance du plus récent ouvrage de l'auteur, intitulé "A New Earth : Awakening to your life's purpose" (version française : "Nouvelle Terre : l'avènement de la conscience humaine" aux éditions Ariane, 2005). Complètement emballée par sa lecture (puisque Tolle présente et aborde des concepts et principes selon lesquels Mme Winfrey mène sa vie depuis plus de 20 ans), l'animatrice a eu l'idée de ce séminaire pour permettre au plus grand nombre d'y participer, et ce, tout à fait gratuitement. Il faut dire qu'elle dispose de moyens impressionnants pour réaliser ses initiatives grandioses, d'autant plus qu'elle n'a plus à chercher longtemps pour trouver des commanditaires. Et comme tout ce qu'elle touche se change en succès, il y a fort à parier que cette nouvelle initiative aura un impact réel dans notre monde en ébullition. C'est à souhaiter.

Je vous invite à aller faire un tour sur le site de l'animatrice, à www.oprah.com , pour plus de détails sur le sujet et pour prendre part à cet évenement sans précédent. Même si déjà trois cours ont eu lieu, il est encore possible de s'y joindre puisque le site internet est très utile et facilitant. Il offre, entre autres, la possibilité de télécharger, après diffusion en direct (tous les lundis soirs à 21h), soit le vidéo, le fichier audio ou encore le document écrit sur tout ce qui s'est dit. De plus, le site fournit des exercices à faire pendant qu'on poursuit la lecture du livre, une cahier de notes, et une foule d'outils pour mieux assimiler la matière présentée par M. Tolle, lui-même.

Bon, je vous laisse là-dessus... je dois retourner à mes devoirs !!! Je vous reviendrai très certainement pour partager mon expérience, et si vous y prenez part aussi, j'apprécierais obtenir votre son de cloche.

À bientôt !

vendredi 14 mars 2008

Petite balade en métro

Ce matin, j'avais affaires au centre-ville de Montréal, ce qui m'a amenée à voyager à l'heure de pointe matinale. Comme l'hiver est encore très présent dans nos rues embourbées de neige jusqu'à en perdre les trottoirs, j'ai choisi de me déplacer en transport en commun. Y'a rien comme le métro pour se sortir des bancs de neige !

Avant de poursuivre le récit de mon aventure dans la jungle urbaine, j'aimerais vous rappeler que je vis dans une bulle très zen depuis plusieurs mois maintenant, loin de l'activité effrénée d'une ville qui se rend au travail par un petit vendredi gris de la mi-mars. Ceci vous permettra de mieux mesurer l'ampleur du choc vécu.

Arrivée sur le boulevard Henri-Bourassa, après avoir escaladé les nombreux monticules ici et là, LE CHOC !!! Ça roule vite, il me semble. Pourtant, ça fait au moins trois ans que j'y passe pratiquement tous les jours, mais ce matin, c'était comme plus frappant. Sans doute que j'étais toujours dans ma petite bubulle... "OK, me dis-je, il va falloir ajuster ton beat, ma belle."

Je m'engouffre donc dans le souterrain que je commence à connaître assez bien maintenant. Chanceuse, j'ai un siège pour m'asseoir. Je m'installe confortablement (dans la mesure du possible), je lève les yeux pour lire sur un panneau réclame de la Colombie-Britannique qui cherche à attirer des talents, j'imagine : "Accélérez votre train de vie". Cette simple phrase imprimée en blanc sur un fond de Montagnes Rocheuses, où l'on aperçoit un homme qui jogge, m'est parue presque agressante. "Accélérez ?, pensai-je. Ben non, c'est le contraire qu'il faut faire : RALENTIR. Sinon, on va tous crever avant d'avoir atteint l'âge vénérable de 50 ans. Qu'est-ce qu'ils veulent vraiment véhiculer comme message ?" J'avoue que cette idée m'a laissée perplexe et quasi découragée sur les horizons qui se dessinent devant nous dans cette vie de SUR, SUPER, ULTRA, HYPER CONSOMMATION. Quand est-ce qu'on va comprendre le bon sens ?

Enfin, je décide que si je voulais pouvoir me rendre à destination, il valait mieux que je ferme les yeux pour me transporter dans mes rêves de campagne, de potager et de petites bêtes adorables. Dès les paupières closes, le film se met à dérouler dans ma tête; je me vois dans cet univers de verdure et de nature, de paix, d'harmonie et de joie. Et, je le sens, je souris légèrement. J'ai sans doute laissé imaginer à la foule de voyageurs qui s'entassaient dans mon wagon que j'étais un peu fêlée ou que j'en avais fumé du bon à cette heure matinale. "Eh bien, ai-je pensé, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent. Moi, je suis au paradis dans mon esprit."

À la station de métro Square-Victoria, le train se vide des trois quarts. À Bonaventure, encore quelques passagers descendent pour laisser un vide encore plus grand dans les wagons. Puis, un homme entre, grand, noir, début trentaine. Il prend un siège tout près de moi et, en s'assoyant, me regarde droit dans les yeux et me dit d'un ton qui ne nécessite aucun porte-voix : "Bonjour, Mademoiselle. Ça va ?" Je lui réponds : "Oui, et vous ?" Sans répondre, il me lance tout bonnement : "La santé est bonne ?" Un peu surprise par la question, je lui formule tout de même une petite menterie : "Oui, et vous ?" Il poursuit son dialogue avec moi : "Ah, moi, vous savez, j'ai un problème de santé mentale." Et ce, toujours sur le même ton impossible à manquer pour un malentendant.

"Ils m'ont diagnostiqué schizophrène paranoïaque, ajoute-t-il, et je dois prendre des médicaments à tous les jours. Regardez (en me montrant une pilule dans un emballage portant la date d'hier), ça c'est la date d'hier, c'est parce que je ne l'ai pas prise aujourd'hui." Inquiétant, vous me direz ? Un peu, mais il avait l'air assez de bonne humeur; je n'avais pas vraiment peur de ses réactions, surtout parce que je descendais (heureusement) à la station suivante.

Ainsi, alors que je commence à me préparer à descendre, il poursuit en dirigeant son attention sur mon cas : "Et vous, prenez-vous des médicaments ?" J'ai choisis de mentir un peu : "Non". Il enchaîne : "Rien du tout ? Vous êtes chanceuse." Et avec toute la conscience qu'il avait de sa propre situation, il me demande : "Pourquoi moi ? Le Bon Dieu, y m'aime pas ?" Ça m'a fait tout drôle de l'entendre chercher une réponse qui, au fond, n'existe pas vraiment. Pourquoi lui ? Et pourquoi pas ? Personne n'est en mesure de répondre à ça. Pas vrai ?

Enfin, avec toute la compassion que je me trouvais capable de rassembler dans ces moments bien spéciaux, je le regarde dans les yeux pour lui donner mon idée sur la question : "Ça, Monsieur, c'est un mystère de la vie. Mais sachez que le Bon Dieu vous aime." Sur ce mot amical, les portes se sont ouvertes pour me laisser descendre. Je lui ai souhaité une bonne journée et j'ai continué mon chemin le coeur un peu plus léger qu'à mon entrée quelques minutes plus tôt. Cet homme m'avait donné la chance de tester ma capacité d'accueillir un inconnu, un frère, un peu déstabilisant, mais qui méritait tout de même un brin d'attention et de gentillesse. Il n'y a pas si longtemps, j'aurais sans doute réagi de la même façon que la plupart des gens en tentant de l'ignorer. Je ne crois pas que cette option aurait été appropriée dans ce contexte et, qui sait ?, peut-être ai-je fait sa journée aussi.

Sur le chemin du retour, arrivée à destination, j'entends quelques notes de guitare accompagnant la voix d'un chanteur de rue posté dans la station de métro. Je choisis de faire une autre petite B.A. en préparant une pièce de 1$ à lancer dans son coffret de guitare ouvert. En passant, je fais mon don et l'homme me remercie chaleureusement. Quelques pas plus loin, je l'entends dire, entre les lignes de sa chanson : "Vous êtes jolie." Je me retourne; il me regardait en hochant la tête, comme pour confirmer que c'est bien à moi qu'il adressait ce gentil compliment. Je me suis dit : "La vie est belle, finalement, quand on se donne la peine de la transformer un peu chemin faisant."

lundi 4 février 2008

Où est la grille ?

Quelle grille, vous demanderez-vous ? Parlons ici de la grille sociale en général, ce qui engloberait, à ce titre, la grille familiale et communautaire. Et où cela me mène-t-il ? Voici : il se trouve que durant ces nombreux mois de retrait du système (marché du travail et autres activités liées à notre mode de vie nord-américain), j'ai non seulement pu observer mais surtout pu expérimenter l'isolement. Et ce, malgré mon large réseau de contacts que je continue d'entretenir pendant cette période intense consacrée à ma guérison, malgré mes nombreux amis et le soutien constant de ma famille. L'isolement, c'est la chose la plus effrayante à envisager, selon moi, lorsque la vie nous force à quitter le "monde normal".

Au début, les gens se soucient beaucoup de notre état de santé, nous téléphonent régulièrement pour prendre des nouvelles, font un détour pour venir nous rendre visite, offrent leur soutien en cas de besoin. C'est normal. Mais après deux ou trois mois de la même chose, les contacts s'espacent dans le temps (et heureusement, car la guérison, c'est un défi qui demande beaucoup - temps, énergie, concentration, etc. - et qui exige intériorité et recueillement, donc solitude).

Ainsi, pendant de longs mois (surtout durant les mois d'hiver où on est davantage confiné à l'univers fermé du foyer), j'ai vécu parfois difficilement cet isolement, ce qui m'a amenée à réfléchir à notre grille sociale, soit aux liens qui tissent les citoyens de cette vie de nord-américain, et plus particulièrement ceux habitant dans et autour de cette grande métropole qu'est la ville de Montréal.

En parallèle, j'ai eu l'occasion d'en apprendre sur la vie en Indonésie (sur l'île de Bali, plus spécifiquement) grâce au séjour d'Elizabeth Gilbert (auteur de Eat, Pray, Love) pendant quelques mois en 2005. Elle raconte que là-bas, la grille (une espèce de toile d'araignée invisible) constitue non seulement la base fondamentale de l'équilibre qui règne dans leur vie, mais d'abord et avant tout ce qui leur assure sécurité et confort. On dit même que le pain quotidien de chaque individu dépend de son appartenance à cette toile tissée serrée dont le fondement est le clan familial.

Il n'y a pas que des avantages, me direz-vous, à ce principe de grille tel que connu dans ce pays. Par exemple, une femme qui demanderait le divorce (ce qui est extrêmement rare), si elle l'obtenait, perdrait la garde de ses enfants (car il s'agit d'une société patriarcale) et se retrouverait complètement isolée puisque, au moment du mariage, la femme quitte son clan familial pour intégrer celui de son mari.

Sans être parfait, ce tissu social a de quoi en inspirer plus d'un pour contrer nos énormes problèmes sociaux : personnes âgées qui meurent seules, épidémie de suicide chez les jeunes, comportements compulsifs de tous ordres, etc. Mon expérience me dit que la santé et la survie de notre société passe par la solidarité, la compassion et le don de soi, que ce soit auprès de nos proches ou de purs étrangers. L'humain ne peut tout simplement pas vivre sainement, heureux et de façon équilibrée s'il ne se sent pas connecté à son environnement social. À moins d'être un ermite anti-social ou un moine cloîtré.

Pensons-y, car nous sommes tous vulnérables, à divers degrés, lorsque touchés par les revers de la vie.